mardi 22 novembre 2016

Poème : " Icare "


À la frontière de sa chère intimité, elle m’a laissé venir
Elle a laissé venir mes mots doux, mes gestes calmes, permis mes sourires
Et moi, patiemment, je collais à la cire fragile sur mon rouge cœur
Des ailes d’amour, des ailes de lumière, des ailes d’espoir, des ailes de bonheur
Aveugle, j’ai voulu croire un instant à la richesse de sa beauté
Accrocher ma solitude à sa folie, à sa féminité

Icare, Icare, Icare
Comme tes ailes blanches, mon amour a fondu
Icare, Icare, Icare
Son indifférence cruelle m’a mordu
Icare, Icare, Icare
Vers son ciel bleu je me suis élevé
Icare, Icare, Icare
Mais son noir refus m’a vite fait chuter

Au tendre labyrinthe rose je croyais parvenir
Accéder à ses seins offerts, boire goulûment ses éclats de rire
Je me croyais dans une verte vallée, j’étais dans une impasse
Je rêvais d’un pur été clément, ce n’était qu’un hiver néfaste
J’imaginais jouer une pièce à deux, ce n’était qu’un long monologue
Mirage de l’espoir, cécité de mon âme, histoire sans épilogue

Icare, Icare, Icare
Pourquoi, innocent, avoir espérer être le seul élu
Icare, Icare, Icare
Croire bêtement un jour caresser ses hanches rondes, son corps nu
Icare, Icare, Icare
Comme un gamin inconscient j’ai voulu jouer au tendre amant
Icare, Icare, Icare
Face au miroir lucide, n’est trouvé que du vide, que du vent

J’ai cru dans mon délire pouvoir la rivière des désirs traverser
L’autre rivage, sa rive fraîche, son île inconnue, enfin l’attraper
Son corps parfumé, avec force, avec délice, yeux fermés, l’enlacer
Mais, trop lourd, trop vieux, je n’ai pu assez longuement nager, flotter
Les contours mystérieux de sa vie, l’oasis humide, éloignés
En vain j’ai tendu mes bras, mais en silence, repoussé, j’ai coulé

Icare, Icare, Icare
Mon amour incertain dans l’océan profond s’est noyé
Icare, Icare, Icare
À  nouveau je suis réveillé, seul, ivre, fourbu, hébété
Icare, Icare, Icare
Ses grands yeux soleils m’ont émietté, liquéfié, fracassé
Icare, Icare, Icare
Pourtant la belle candide, elle sait bien que je l’ai tant aimé

M.T

Tableau : «Lamentations pour Icare»  de Drape

8 commentaires:

  1. ah l'ingrate Ariane !
    superbe poème qui parle à tant de coeurs...

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    1. Ariane s'envole souvent dans l'espace, mais aussi, quelque-fois, a des ratés!

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  2. bravo sublime texte sublime choix d'image
    mlerci

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    1. Merci Frankie , j'avais oublié de spécifié que le tableau était:«Lamentations pour Icare» Drape

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  3. Très beau poème, je dis, mon ado ajoute, cynique :"Icare et Tonton manquent de bol "!

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  4. Magnifique poème ! On ressent le désespoir d'Icare qui n'atteint pas "l'inaccessible étoile"...
    GROS BECS mon Tonton Mitch'

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  5. Hé oui, comme dirait Brel dans "Don Quichotte"
    Bises

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