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vendredi 10 janvier 2014

Lucarne : " Les Timides "


S’il y a bien une terrible gêne dans le comportement humain c’est la timidité.
C’était en juin, Valentin, employé aux écritures dans un grand ministère, allait chaque jour manger son casse-croûte au Jardin des Plantes.
Depuis quelques jours il avait remarqué, assise gentiment sur un autre banc, une mignonne demoiselle qui, elle aussi, profitait des beaux jours pour apaiser le creux de la mi-journée. Delphine, c’était son prénom, travaillait comme secrétaire chez un notaire.
Ils s’étaient repérés.
Chacun dans leur âme intérieure trouvait l’autre bien sympathique.
 -« Comment l’aborder ? » se demandait Valentin.
 -« Que faire pour qu’il m’aborde ? » rêvait Delphine.
 Casse-croûte et stratégie enflammaient les milieux de journée. Mais la glu collait aux fesses de Valentin. Impossible, malgré les multiples solutions d’approche, de se lever. Le plomb alourdissait le menton de Delphine qui n’osait lever la tête dans la direction du jeune homme.   Glu et plomb, pas léger tout ça. Le mois de juin passa, juillet aussi.
La glu et le plomb figeaient toujours les gentils enfants. En août ce furent les vacances. Personne sur les bancs. Le premier septembre arriva.
Valentin le cœur battant, chercha la belle. Delphine, intestins noués, à petits pas, chercha le jeune homme. Arrivant chacun par une allée différente au détour d’une énorme statue, la rencontre fut inévitable, les casse-croûte tombèrent, ils se cognèrent la tête pour les ramasser, ils rougirent, Valentin bredouilla, Delphine aussi. Et chacun repartit dans une autre direction avec en main le casse-croûte de l’autre.
Après avoir contourné un énorme bosquet, Valentin commença à croquer dans son sandwich. Quelle  ne fut sa surprise de découvrir un informe morceau de pain presque rassis.
En l’ouvrant il découvrit une curieuse de tranche de jambon, sûrement aux polyphosphates, dénoncé par les puristes de la bonne bouffe. Une mince pellicule de  beurre qu’il jugea par son aspect, être plutôt une sorte de  margarine comblait les trous de la mie du pain.
-« La pauvre, pensa-t-il »
Au contraire, Delphine, encore troublée par l’incident, ne s’aperçût pas de suite du changement. Ce fut l’étonnement, quand, en mâchant, déjà sans difficulté, un petit cornichon craqua sous ses mignonnes dents blanches. Puis un  délicieux morceau de poulet suivi d’une tendre feuille de salade.
Là, elle comprit qu’elle détenait  un gustatif trésor, en l’occurrence, le casse-croûte du bel inconnu.
En effet, l’inconnu, Valentin, avait ce privilège d’avoir une maman poule qui chaque matin, avec amour, et chaque jour  différemment, lui préparait ce modeste repas de midi.
A un jour près Delphine serait tombée sur un assortiment de rosettes de Lyon entre de fines  lamelles de Comté sur un lit de beurre bio. Sans oublier un mini-thermos de café Arabica de chez Fauchon.
Pour  Delphine, loin de sa Bretagne natale et de sa modeste famille, pour sa restauration, elle s’approvisionnait au distributeur de la supérette  la plus proche de son travail.
Vivant chez une vieille tante grabataire, elle passait plus de temps, hors travail, à s’occuper d’elle.
Elle hésita un instant avant de continuer, mais un curieux désir  l’envahit, celui de mordre à nouveau là où la bouche de l’inconnu avait posé ses lèvres. Fermant les yeux, avec délice, elle s’imagina par cet intermédiaire festif, entrer en un buccal contact avec l’inconnu.
Étonnant, Valentin, après le réflexe de jeter l’infâme croûton, eut également un même puissant désir. De bouchées en bouchées, malgré la fadeur du produit, il rêva en une possession linguale. Un instant de rêve ! Mais le lendemain, comment  faire pour vaincre à nouveau cette lourde infirmité ?
Une idée vint durant son sommeil agité.
Installé devant un copieux petit déjeuner, il demanda  à sa  maman de lui préparer deux sandwichs. Surprise de la mère :
-« Pour un ami dans le besoin mentit-il en rougissant. »
Delphine, elle, après coup, fut contrariée et honteuse de penser que ce jeune homme découvrirait, preuve en main,  le reflet de sa modeste condition. Aussi, après avoir puisé dans ses modestes économies, elle se prépara un énorme pique-nique dans un panier ancien trouvé dans le grenier. Pain de mie, saucisson, fromage, fruits, une bouteille de jus d’orange, une jolie nappe d’un blanc immaculé et une serviette brodée.
-« Comme ça, pensa-t-elle naïvement, je serai à sa hauteur. »
Midi trente.
Valentin déambula tel un Sioux, à la recherche de la jeune fille.
Surprise, il la trouva assise sur une chaise, serviette sur les genoux, à son côté sur un banc de pierre : la nappe. Dessus, victuailles bien en vue.  Un fin rayon de soleil mettant de l’éclat dans les longs cheveux blonds. Un tableau à la Renoir.
Valentin, les deux casse-croûte en main se trouvait assez ridicule. Figé telle la statue vénusienne à la croupe fessue qui la cachait du regard de Delphine, il ne savait quelle attitude prendre. A nouveau la glu empêchait toute audace.
C’est alors que, durant la récré, des  gamins de l’école voisine qui, par jeu, se poursuivaient, surpris par l’obstacle que faisait l’épieur, lui rentrèrent dedans.
Violemment, Valentin valdingua, un vol plané le projeta entre les genoux de Delphine, le nez juste à la hauteur d’une délicate cuisse... de poulet froid.  Tout s’éparpilla : panier, nappe, victuailles ainsi que les deux sandwichs de la mère poule.
Delphine tomba à la renverse, montrant ses roses dessous (un peu d’érotisme quand même).
Et c’est ainsi que la glu et le plomb, au beau milieu d’un parterre de fleurs, firent un alchimique amalgame  sous les rires des sales gosses.
Valentin releva une Delphine aux oreilles écarlates. Sourires coincés, mais sourires quand même.
Bredouillantes présentations.
Chaque midi à présent,  grâce aux deux mamans poules, nous pouvons assister au copieux repas de deux pigeons roucoulants.
Je vous laisse deviner ce que fut l’approche et la concrétisation  du premier baiser !  
*** 
PS : Merci à Marité, ma gentille correctrice

2 commentaires:

  1. Valentin j'attends le 14 février pour la suite...des événements ! (c'était avant les textos...)
    bonne journée

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  2. Cela laisse présager une suite... oui, oui, allez mon Tonton Mitch' !
    GROS BECS glacés...

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