lundi 20 janvier 2014

Lucarne : " Notre Père... "


Notre Pè… note Pèr… not’… qui…
Pas possible, je n’y arrive pas.
Je vais essayer autre chose.
Je vous salue Ma… Mar… pleine… je…
Rien à faire, ces mots restent bloqués dans ma gorge.
 Pourtant, petit, le soir, avant de m’endormir, je pouvais formuler ces prières.
J’ai froid, la nuit est tombée.
Pas agréable la nuit, elle fait peur.
Pourtant, quand j’étais petit, j’aimais regarder les étoiles qui brillaient.
Je recherchais les étoiles filantes qui portent bonheur.
Je rêvais, je rêvais… où est-il le bonheur ?
Maintenant, impossible de rêver !
Enfin, si, je rêve, mais de cafés, de soupes et de casse-croûtes.
Ce soir, que m’amènerons les dévouées personnes qui maraudent la nuit.
Mon amou… mour… mon am…
Malgré le visage qui se présente à mes yeux, je ne peux prononcer son prénom.
Mon am…
Pourtant, il y a quelques mois, tout en la tenant entre mes bras, j’arrivais à murmurer son prénom…Cé… Céli…
 Elle est partie.
Comme le chante, comment il s’appelle, bon comme disent les paroles de cette chanson :
–« Est-elle partie à cause de moi ou pour un autre que moi… ? »
Pas de réponse.
L’interminable descente en enfer.
Ah ! Voilà la voiture qui approche.
Je radote.
Pas de veine… ce n’est pas le visage d’ange, comme la chanson de Souchon, qui se penche au-dessus de moi, mais celui d’un gros barbu.
C’est mon voisin à la trogne couperosée qui hérite de la blonde !
-Mer… mer… ci… punaise, ce mot également ne sort pas.
J’ai les lèvres gercées, ma parole.
Le barbu sourit, il a l’habitude.
Nous ne sommes pas dans un salon de thés.
Je ne fais pas le difficile, j’accepte la soupe puis le café.
Nous voici à nouveau seuls avec mon pote de misère.
Le vent souffle, je m’enroule dans le duvet offert par la Croix-Rouge.
Pour m’endormir, j’essaie de me faire un film.
Rien à faire.
Les images sont floues, brouillard.
Je tourne et me retourne afin de trouver une position la moins douloureuse possible.
Il neige.
Brrrr.
Mes deux petiots aimaient faire des bonhommes  blancs.
Elle me les a enlevés.
Je hais les bonhommes de neige.
Je ne sens plus mes mains.
En face, ça ronfle.
Je crois que, comme lui, je vais tester le gros rouge comme somnifère.
Ma… ma…man… j’ai les yeux qui se mouillent.
Je gèle.
Viendra-t-elle cette nuit ?
Elle est venue, oui, pour mon pote.
Plus loin, je fixe la forme allongée, il est raide.
Notre Pè…
-« Monsieur, monsieur … »
 Qui me parle ? 
-« Monsieur, monsieur… »
-« Tu crois que ? »
-« Oui, c’est fini pour lui aussi 

4 commentaires:

  1. Oh ! Terrible texte qui prend à la gorge...
    J'ai peu de mots pour dire mon ressenti... Juste MERCI !
    GROS BECS mon Tonton Mitch'

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  2. Portrait finement raconté d'une triste réalité...

    Câlinsss!!!!

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  3. Oui, bien sûr... mais il y a toujours des étoiles filantes...et ceux qui risquent leurs vies dehors ont plus de chances de les voir que ceux qui dorment au chaud...

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  4. Impossible de ne pas avoir connu une de ces personnes un peu mieux que les autres tellement il y en a. A Grenoble, souvent dehors, j'avais sympathisé avec avec Cyril. Il me racontait tout, comme un besoin, ses galères, sa solitude. Et puis petit à petit il a refait surface, il a trouvé un travail, un appartement, il a rencontrée une petite princesse. Et je ne l'ai plus vu. J'étais heureuse pour lui. Je me disais qu'il était maintenant sur une voie plus tranquille.
    Mais quelques mois plus tard, je l'ai à nouveau aperçu entrain de faire la manche. Il avait changé de quartier. Il était méconnaissable, sale, abattu. Je n'ai plus osé aller l'aborder. Au fond de moi, j'étais sûre qu'il n'en aurait pas eu envie.

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