mercredi 13 novembre 2013

Puzzle Autobiographique: " Le sabot d’Armand "

Le sabot d’Armand

C’était durant la guerre 39-45, au temps lointain de ma prime jeunesse, j'avais sept ou huit ans.
Le pays manquait cruellement de denrées alimentaires. Pour améliorer le quotidien la plupart des gens, même si le carré de terre était minuscule, se métamorphosaient en d’inventifs jardiniers.
Je ne vous restitue pas la situation de ma famille ni le lieu, reportez-vous aux derniers textes de mes  puzzles-autobiographiques.
Je vous rappelle simplement qu’Armand était mon beau-père, que je le considérais comme mon père (voir), du reste, je l’ai toujours appelé papa.
Je reviens à mon idée première : le jardin.
Nous avions deux arbres fruitiers, un bigarreautier et un pêcher, quelques groseilliers dont un dit  à maquereaux, d’énormes pieds de rhubarbe sur lesquels je m’évertuais à faire pipi dessus, mais qui, tenaces, repoussaient de plus belle. Étonnant !
Confidence : je n’aimais pas leurs confitures au goût acide. Maintenant, ok, ça va.
Pour améliorer le quotidien, Armand avait planté des pommes de terre  dont il fallait constamment  s’occuper car toujours envahies de vilains doryphores. C’était une désagréable corvée  qu’il fallait effectuer à la main.
Il y avait également quelques plants de tomates, des haricots verts, de maigrichonnes salades, d’horribles topinambours, du persil.
J’aimais bien venir aider Armand : désherber, râteler, tirer les cordeaux pour que les alignements soient impeccables, trier les différentes graines, arroser, véhiculer la grosse brouette en bois.
Un après-midi, il avait nivelé le sol, puis posé des planches entre les cordeaux pour ne pas défoncer la terre fraîche. Avec minutie, il creusait des petits trous à intervalles réguliers pour y déposer des semences de salades.
-« Attention Michel, surtout ne monte que sur les planches. »
-« Ouiii, p’pa. »
C’est alors  que le petit démon qui se loge dans tous les crânes des enfants se mit à se trémousser. Aussitôt, je sautais à pieds joints en plein milieu de la terre râtelée.
Armand se redressait, sa moustache tapis brosse hérissée, je compris, de suite, que je venais d’accomplir un terrible acte de destruction massive.
Je prenais mes jambes à mon cou. Oh ! Surprise, Armand qui n’avait jamais porté la main sur moi, et qui jamais ne le fit  à l’avenir, Armand, avec rapidité, attrapa un de ses sabots et, tel un joueur de base-ball américain, pivota, leva le bras, visa mon postérieur.
La cible atteinte, piteusement, j’allais me cacher dans un recoin de la maison jusqu’au moment du souper.
Ce n’est pas le choc qui me fit le plus mal, mais la surprise mêlée à de la honte d’avoir été corrigé de cette manière.
À table, entre chaque cliquetis des couverts, tête baissée, inquiet, j’attendais que mon acte fût commenté.
Armand, malin, ne dévoila rien de l’incident.
Le sabot, non d’Hélène, mais d’Armand me resta un long moment en travers de la gorge.
Hé oui, je m’en souviens encore.
**** 
"La pire colère d'un père contre son fils est plus tendre que le tendre amour d'un fils pour son père".  H.de Montherlant



4 commentaires:

  1. et tu n'as pas porté plainte... j'aime bien cette citation de Montherlant elle est très juste.
    je n'ai pas pris de coup de sabot mais les badines de troènes sur les mollets par ma nourrice je m'en souviens encore !

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  2. Ah c'est vrai que lorsqu'elle est unique ainsi, la correction est déroutante ! Moi aussi je me souviens de la gifle de ma grand-mère, j'avais une dizaine d'années et je lui avais un "peu" massacré ses roses. Elle a prévenu une fois, deux fois et à la troisième c'est parti ! ça m'a vexée et j'ai vraiment regretté de l'avoir poussée à bout. J'avais bien conscience d'être allée trop loin et j'en avais honte.
    Bises Tonton !

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  3. Ah, tu m'as fait sourire... Armand était adroit pour viser juste le derrière :-)
    Mon père ne m'a jamais frappée, juste une fois... c'était à l'adolescence et je souhaitais m'affirmer en lui décochant une belle grimace. Surpris, il m'a atteint du revers de la main... une main d'ouvrier agricole lourde... Ça m'a fait mal... même si la gifle à l'envers était mal appliquée. Comme tu le dis, c'est le geste qui m'a surprise. Je m'en souviens aussi !!!
    GROS BECS mon Tonton Mitch'

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  4. Très émouvant ce souvenir d'enfance!
    Moi, j'aime bien la rhubarbe et les topinambours, ça revient à la mode sur les marchés...
    Je te souhaite une très belle journée Tonton Mitch

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