jeudi 29 août 2013

Puzzle Autobiographique : Ma deuxième rencontre avec la « Grande Faucheuse »

Après ma première rencontre avec la Grande Faucheuse  (Clic:Voir), un an plus tard, en 1944.
Fin août, l’armée Allemande commençait à paniquer, les forces alliées gagnaient du terrain, la 2 ème division blindée du général Leclerc venait de débarquer en Normandie. Comme déjà relaté, nous demeurions à vingt kilomètres de Paris, pas loin du grand centre de triage SNCF de Villeneuve Saint-Georges.
Régulièrement, ce carrefour important était bombardé alternativement par les Allemands et les forces alliées.
Souvent, la nuit, cela faisait, avec les fusées éclairantes, comme d’immenses feux d’artifices. La lumineuse féerie du spectacle, à mes yeux de jeune enfant, occultait la dangerosité des mortelles intentions.
Un matin, nous apprîmes qu’un train de marchandises venait d’être bombardé. Telle une grosse chenille de fer éventrée, il avait déraillé sur la face herbeuse du terre-plein, juste à côté des sablières où nous étions venus nous baigner.
Après concertation, les adultes de notre quartier s’étaient mis  en route pour grappiller un hypothétique trésor digne de la caverne d’Ali Baba.
Les réjouissances étant rares, j’avais insisté pour accompagner mon cher oncle Jean (Clic:Voir).
Après une demi-heure de marche, sur place, nous nous sommes modestement appropriés de quelques kilos de farine, du sucre et autres denrées alléchantes qui étaient rationnées.
Midi, fébrile repas en famille : oncle, tante, parents, enfants, chacun y allait de son joyeux commentaire.
Quatorze heures.
Cette fois-ci, le groupe, environ une vingtaine de personnes, s’était mis en marche vers la chenille éventrée.
 Avec mon  oncle, en tête du groupe, nous tirions une vieille carriole, tout comme d’autres personnes, afin de nous servir bien plus confortablement pour de longs mois.
La route était droite, chaude. Un ciel bleu sans vol d’oiseaux.

Au loin, fumant encore, le monstre de fer, sur le talus, rendait l’âme.
Chacun pensait au plaisir gourmand de remplir ventres, buffets, étagères, caves.
L’atmosphère était pesante, un curieux silence. La cible, doucement, se rapprochait.
Soudain, arrivés à quelques dizaines de mètres du talus, des cliquetis inquiétants résonnèrent.
Des flammes sortirent de derrière les lourdes portes entrebâillées. Des sifflements emplirent l’air. Le terrible décor était en feu.
Des ombres bougèrent dans la chenille de fer. Des corps, à côté de moi, tombaient lourdement. Des hurlements effrayants, le goudron noir s’imbibait de rouge. L’enfer avait pris place.
La « Grande Faucheuse »  avait tendu un  piège tantalinesque.
Mon oncle avait lâché la carriole, m’avait pris rapidement par le bras, m’avait poussé dans le fossé, puis, têtes baissées, à toutes jambes, à travers champs, nous nous sommes enfuis, aux oreilles les bourdonnements mortels, un goût acide aux lèvres.
Grande tristesse, pleurs, prières  dans les jours qui suivirent.
Je ne tiens pas à vous faire frémir par sadisme, mais, avec ce triste personnage,  il y eut d’autres rencontres, dont une sévère, bien plus tard, quand je fus troufion en Algérie.
À plus.
 MT

2 commentaires:

  1. tu as joué bien dangereusement avec l'Ankou, hélas un jour c'est lui qui conduit à l'enfer froid...

    RépondreSupprimer