jeudi 6 juin 2013

Puzzle Autobiographique : Ma première rencontre avec la « Grande Faucheuse »

 Comme je dis dans le texte "Mon enfance", ma vie fut vraiment riche en beaux souvenirs, mais… comme dans mes « Souvenirs Autobiographiques », il y a aussi certaines périodes grises, il est honnête de ne pas les occulter.
Comme beaucoup, j’ai frôlé ce sombre personnage nommée poétiquement « La Grande faucheuse ».
Août 1943, j’avais sept ans. Comme déjà exprimé, nous demeurions, ma mère Lili, mon beau-père Armand, sa fille Suzanne (Bon, maintenant je vais dire ma sœur, car nous avons été élevés ensemble) et moi, à Montgeron, côté Vigneux, bordure Villeneuve-Saint-Georges. (Vingt kilomètres de Paris, la campagne en ce temps là, ouf). Il faudra suivre pour la suite !
Il faisait très chaud. Avec ma tante Louba, qui demeurait une maison à côté de la nôtre, son bébé Dany et Blanche la mère d’Armand, que nous appelions mémé Blanchou, nous avions envisagé de prendre un moment de détente.
Vers les quinze heures, tout ce petit monde se dirigea vers un plan d’eau situé à environ un kilomètre, au bout de notre caillouteuse rue.  Il y avait une ancienne sablière désaffectée qui servait pour la modeste population environnante de lieu de rencontres pour la baignade.
Avec mon maillot en laine tricoté qui grattait, je m’ébrouais dans une eau  pas très claire, mais… qu’importe, une baignade, c’est une baignade !
-« Michel, viens goûter »
Serviette plucheuse sur mes frêles épaules, je commençais à mordre dans le gros pain tartiné à la margarine  saupoudrée de cacao.
Soudain, venu du fond du ciel un point noir arriva. C’était comme un gros frelon. Passant en rase-motte au-dessus de nos têtes, une légère inquiétude se fit sentir parmi nous. C’était un avion allemand bien reconnaissable aux croix peintes sous les ailes.
Inconsciemment, nous avions tous baissé la tête !
Le frelon s’éloigna en remontant dans le bleu du ciel.
Il y eu des  « ouf », « mais qu’est-ce qu’il fait ? », « faut pas rester ».
Pour moi, rien d’extraordinaire, au contraire, c’était une animation comme une autre.
Silence.
Puis, à nouveau le vrombissement d’un moteur. Le frelon apparût dans le ciel et commença à piquer vers le groupe que nous faisions.
Frissons.
C’est alors, que, peut-être, par un mortel sadique amusement, le pilote tira avec ses mitrailleuses. Sur le sable, à quelques mètres, de multiples impacts firent de longs sillons tels de sanguinolentes crevasses.  
Encore maintenant je me vois m’enfuir. Je me suis mis à courir en hurlant : « J’veux pas mourir… j’veux pas mourir… ».
Après une longue course ma mère me rattrapa. Les tendres bras maternels me consolèrent.
Vite, serviettes et goûters  furent pliés. Le retour à la maison se fit sans tarder.
Il y eu quelques nuits agitées.
La vie, sous la botte vert-de-gris reprit son cours.
Voilà ma première rencontre avec la « Grande Faucheuse ».
Dans quelques temps, je vous raconterai ma deuxième rencontre.
Ce fut un an plus tard, presque au même endroit.

MT

 Ma mère et Mémé Blanchou

1943....




 Suzanne et ma mère
 Louba ma tante et sa fille Dany

5 commentaires:

  1. déjà conscient de la valeur de la vie... il faut dire que l'époque y était pour beaucoup ! je suis née cette année là donc pas de souvenirs que ce qu'on m'a raconté
    bonne journée

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  2. Quelle frayeur tu as dû avoir ! Tu racontes bien cet événement qui aurait pu tourner au drame. Je n'étais pas encore née en 43, mes parents ne se connaissaient pas... mais comme Josette ils m'ont raconté des souvenirs parfois drôles d'autres nettement moins.
    GROS BECS mon Tonton Mitch'

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  3. Des peurs comme celles-ci, je ne les ai pas connues puisque je suis née bien longtemps après cette guerre. Je regrette parfois que dans ma famille, la guerre n'ait pas été davantage parlée. Je sais des petites choses sur ma grand-mère qui cachait des anglais parachutés mais j'étais trop jeune pour questionner davantage...
    Mon autre grand-mère travaillait dans une fabrique d'armement me semble-t-il des armes qui partaient en Allemagne faut croire....

    Belle soirée à toi

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  4. Ahhh et puis c'est la poisse ces spams!!! J'ai enlevé la modération sur mon blog mais je ne sais pour combien de temps car les spams ont fait leur retour!!!!

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  5. A chaque fois que ma p'tite Maman me raconte ses peurs de ces années-là, c'est poignant:la fois la précision des souvenirs et le sentiment que l'intensité de la peur ne soit pas perçue par l'interlocuteur. L'horreur de l'époque de cette intrusion du ciel et le mélange avec un bonheur familial qui structure, protège et prépare à la paix, à l'avenir ! Merci Tonton !
    Bises.

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