samedi 13 octobre 2012

Lucarne: Le colonel


Le colonel à la retraite De Beaulieu, avec une particule je vous prie, avait toute sa vie mené son monde en uniforme à la baguette. Affecté durant la guerre 39-45   auprès du grand général « qui vous savez » comme responsable de l’intendance. Avec lui il ne fallait pas se tromper sur la quantité de boîtes de pâtés, la qualité des couvertures, ni sur la disparition de quelques bougies. En activité, ses fureurs, ses remontrances ainsi que ses sévères punitions étaient craintes par les bidasses.
Aujourd’hui, il parlait fort malgré ses quatre-vingts ans. Dans le minuscule appartement qu’il occupait à Paris dans le septième arrondissement, sur son fauteuil roulant,  il se déplaçait tel un char d’assaut sur le front d’une bataille.
 La colonelle, soumise, tremblante, n’osait plus l’affronter même dans les simples échanges du quotidien. La petite bonne bretonne recevait régulièrement des coups de baguettes sur les fesses quand, par malheur, elle avait oublié d’essuyer les vilains objets, souvenirs de campagne, confisqués dans les pays du monde où il avait, par sa présence, terrorisé et l’ennemi, et les troupes.  Malheureusement, le colonel De Beaulieu se sentait cloué comme un papillon sur un bouchon de liège, décuplant ses colères et sa hargne.
 Mais le soir, enfermé dans une minuscule chambrette emplie de photographies anciennes, de multiples décorations au mur, de son képi et de son uniforme sur un cintre, là, dans la minuscule chambrette, seul, le colonel De Beaulieu pleurait comme un enfant.
Son maigre corps était sa caserne, impossible de faire le mur.

M.T

Dessin de Thomas Bossard

5 commentaires:

  1. Joli texte ..
    cela me fait penser à la métamorphose de Kafka ....:(
    Bon week-end et te souhaite une journée aussi légère et colorée qu'une bulle de savon :)
    Bises
    Sacha

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    1. Tu as raison , je t'accompagne en pensée .....:)
      Sacha

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  2. Hé bé!
    C'est vrai qu'avec une âme aussi pesante, on ne risque pas s'envoler.
    Beau sujet sur ce qu'est la vie, et ce pourquoi elle doit être vécue.
    Je t'embrasse Mitch.
    Myrtille

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  3. On a du mal à imaginer qu'un colonel puisse pleurer. L'armée ça forge le caractère dit-on :-)
    Un texte bien senti et ressenti...
    GROS BECS

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  4. Il m'a émue, ton militaire fort en gueule pleurant comme un enfant !
    C'est toute l'ambiguïté humaine, la force et l'extrême faiblesse dans le même corps.
    Merci pour ce beau texte Tonton Mitch.

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