Le colonel à la
retraite De Beaulieu, avec une particule je vous prie, avait toute sa vie mené
son monde en uniforme à la baguette. Affecté durant la guerre 39-45 auprès
du grand général « qui vous savez » comme responsable de l’intendance.
Avec lui il ne fallait pas se tromper sur la quantité de boîtes de pâtés, la
qualité des couvertures, ni sur la disparition de quelques bougies. En
activité, ses fureurs, ses remontrances ainsi que ses sévères punitions étaient
craintes par les bidasses.
Aujourd’hui, il parlait
fort malgré ses quatre-vingts ans. Dans le minuscule appartement qu’il occupait
à Paris dans le septième arrondissement, sur son fauteuil roulant, il se déplaçait tel un char d’assaut sur le
front d’une bataille.
La colonelle, soumise, tremblante, n’osait
plus l’affronter même dans les simples échanges du quotidien. La petite bonne
bretonne recevait régulièrement des coups de baguettes sur les fesses quand,
par malheur, elle avait oublié d’essuyer les vilains objets, souvenirs de
campagne, confisqués dans les pays du monde où il avait, par sa présence,
terrorisé et l’ennemi, et les troupes. Malheureusement, le colonel De Beaulieu se
sentait cloué comme un papillon sur un bouchon de liège, décuplant ses colères
et sa hargne.
Mais le soir, enfermé dans une minuscule
chambrette emplie de photographies anciennes, de multiples décorations au mur, de
son képi et de son uniforme sur un cintre, là, dans la minuscule chambrette,
seul, le colonel De Beaulieu pleurait comme un enfant.
Son maigre corps
était sa caserne, impossible de faire le mur.

Joli texte ..
RépondreSupprimercela me fait penser à la métamorphose de Kafka ....:(
Bon week-end et te souhaite une journée aussi légère et colorée qu'une bulle de savon :)
Bises
Sacha
@ Sacha :En parlant de bulle... en ce moment je bulle sévère.
SupprimerBon dimanche
Bises
Tu as raison , je t'accompagne en pensée .....:)
SupprimerSacha
Hé bé!
RépondreSupprimerC'est vrai qu'avec une âme aussi pesante, on ne risque pas s'envoler.
Beau sujet sur ce qu'est la vie, et ce pourquoi elle doit être vécue.
Je t'embrasse Mitch.
Myrtille
@ myrtille : hé bé, je te bise itou chère amie .
SupprimerMitch
On a du mal à imaginer qu'un colonel puisse pleurer. L'armée ça forge le caractère dit-on :-)
RépondreSupprimerUn texte bien senti et ressenti...
GROS BECS
@ Marité : Oui , c'est vrai, mais comme l'habit fait le moine , dit-on! Alors... une fois la bure ôtée , ne reste plus que qu'un simple bonhomme !
SupprimerBise .
Il m'a émue, ton militaire fort en gueule pleurant comme un enfant !
RépondreSupprimerC'est toute l'ambiguïté humaine, la force et l'extrême faiblesse dans le même corps.
Merci pour ce beau texte Tonton Mitch.
@ solveig :Très gentil ton mot .
RépondreSupprimerÀ plus .