dimanche 20 novembre 2011

Lucarne :Le tricard Lucien


Lucien le tricard
Différentes raisons poussent un patron de café à ce qu’un client devienne  tricard, c’est-à-dire exclu, interdit de salle. Les poivrots, les désargentés, les non-consommateurs, les hurluberlus de toutes natures, font partis de cette catégorie.
J’en connais un magnifique spécimen : Lucien.
Le patron du Café de la Gare avait affaire à ce drôle de zèbre. C’en était devenu un jeu pervers entre les deux parties : tricard malin contre  patron exaspéré.
Parfois, le Lucien profitait qu’un nouveau garçon soit de service pour tromper son monde. Il s’installait, avec jouissance,commandait plusieurs fois.
Bien sûr, à un moment, il était reconnu. Promptement viré, il déguerpissait sans payer. But atteint.
Lucien, comédien dans l’âme, souvent, mettait une perruque, des lunettes de soleil et, juste avant de partir, pour faire bisquer son adversaire, retirait l’ensemble du déguisement. Rage du patron qui le poursuivait,  serpillère brandie.
Par un bel après-midi de juillet il se glissa au milieu d’un groupe de touristes japonais. Rapidement, gratuitement, il se fit  brider  les yeux par une accorte esthéticienne de la grande parfumerie attenant au café. Il put jouir, durant une heure,  pleinement, de la sublime stratégie.
Une fois, travesti en femme,  pomponné, fardé, chaussures à talons, il réussi à consommer quelques portos-cacahuètes. Oui, mais c’est quand après plusieurs coups derrière le corsage, que la traître ivresse le fit trébuché. Perruque à terre, talons cassés. Démasqué.
Le meilleur coup du tricard Lucien : Il se fit pousser moustache et barbe, puis  crâne rasé,  de grosses lunettes, prenant  un accent indéterminable, durant plus d’un mois, il se fit engagé comme extra dans le café.
Il put siroter en douce moult fois. Gratuitement, copieusement, il cassa la croûte le midi avec l’ensemble du personnel. Seulement les cheveux poussent, parfois les lunettes tombent, l'accent titi parisien remonte à la surface.
Bêtement, un matin, par habitude, Lucien se rasa la barbe. Trop tard, tête baissée, il essaya de se présenter à son service. Démasqué.
Lucien reprit le chamin du trottoir.
La lutte dure encore

M.T

5 commentaires:

  1. Yapluka recourir à la chirurgie esthétique,Lucien, mais ce serait dommage, tu ne serais plus Lucien le Tricard, celui que tout le monde aime, sauf le patron du bar !

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  2. Le personnage est attachant et ton regard sur lui ... satirique .. ...quelle turpitude pour boire un gorgeon...
    j'ai bien aimé l'image du coup de trop derrière le corsage
    Il pourrait être un très beau sujet pour une pièce de théâtre ..
    Bon dimanche
    Sacha

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  3. Je l'aime bien Lucien...mais je ne lui donnerais pas mon adresse car il a trop d'adresse!

    Becsbecsbecs!!!

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  4. j'ai beaucoup aimé cette histoire : on est toujours l'exclu de quelqu'un , de sociétés ou autres ...
    quel stratagème pour boire un coup !

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  5. Brave Lucien !!! Je me suis laissée attendrir bien évidemment :-)
    GROS BECS.

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