samedi 4 septembre 2010

Poème : L'inconnu




Il n’y a pas de hasard
L’enseigne était rouge
La façade couleur noire


Elle avait quitté le monde du trottoir
Pour pénétrer téméraire dans ce bouge
Elle l’avait trouvé accoudé au bar
Attirée comme une chaloupe vers un phare
Son ventre tendu se colla à son dos
Sous l’étoffe sentait sa douce moiteur
Sans la voir il lui murmura deux mots
Qui firent comme un volcan craquer son cœur
L’entraînant parmi les tables enfumées
Comme deux enfants ils se sont enlacés
Front mêlés avide elle but son odeur
De rudes mains calleuses collées à ses reins
Son haleine tabac entre ses vastes seins
Doucement ils ont glissé chaloupé
De lui, juré elle ne connaissait rien
Furieuse tentation fusionnelle baiser
Une vieille tassée dans un coin ricanait
L’obèse patron ses verres sales essuyaient

Il n’y a pas de hasard
L’enseigne était rouge
La façade couleur noire

Coup de vent des marins ivres sont entré
De leur superbe étreinte se sont moqué
L’étranger dans ses bras a aboyé
Opinel en avant dans un rauque cri
Mauvaise la vieille dans son coin applaudit
Mauvaise heure la pendule sonna minuit
Prompt le patron a éteint les lumières
Une odeur de sang troubla l’atmosphère
Elle se senti soudain abandonnée
Mauvais entracte d’un film à peine tourné
Bruyante sirène d’une police alertée
Une ampoule vacillante s’est rallumée
Les marins troupeau grégaire sont partis
Pour s’accoupler en hurlant à la nuit

Il n’y a pas de hasard
L’enseigne était rouge
La façade couleur noire

Bouche torve ivre la vieille dans son coin s’écroule
Dissipée la fumée laisse entrevoir
Au sol un homme, l'inconnu, plaie béante
Glacée elle a rejoint le pluvieux trottoir
Pour se fondre telle une anonyme passante
Dans les bulles à venir du désespoir


M.T

1 commentaire:

  1. " L'inconnu "
    Toutes mes photos ont disparues. Je les rétablis. Et, punaise, souvent, ma trombine disparait !

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