jeudi 19 août 2010

Lucarne : Matins

Un petit rappel ... 
    Tous les matins elles sont six, sept parfois plus, là, à boire un café place Saint Georges . Cheveux à peines brossés, coupe mi long, couleur tirant sur un blond châtain, avec quelques mèches que le soleil du bord de mer a décoloré. Elles portent gentiment une quarante de printemps. Papotages sur les enfants, l’école, les dernières chaussures à la mode achetées, la maison de campagne des beaux parents, le prochain spectacle de la petite dernière qui doit danser en tutu devant l’association chrétienne du quartier.
 Les peaux sont ternes, c’est du aux nombreuses cigarettes clopées, mais aussi par les caresses méditerranéennes du soleil des week-ends.
Comme c’est juste après avoir déposé leurs progénitures dans les diverses écoles privées du coin, pas de maquillage, pas de rouge à lèvres, de discrètes fatigues sous les yeux. C’est Martine, une grande perche qui se lève. Elle continu encore un long discours sur la dernière soirée organisée en l’honneur de l’anniversaire des dix ans de son fils Paul-Hubert. A peine éloignée , commentaires sur la grande perche ...Oh! Pas méchant, méchant, il faut bien occuper le temps jusqu'à onze heures, moment de faire les courses pour le soir . Puis on compare les prix du foie gras du très chic marché couvert « Victor Hugo .»
 Une frétillante du postérieur arrive, c’est Marie-Claire. Look pile poil comme les autres, mais avec en plus, soldes obliges, un détour par la boutique Yves Saint-Laurent .Cris de gamines devant les merveilles. Puis arrive celle qui est enviée, Christine la doctoresse, qui professe à trois porches de la place ou se trouve la terrasse du café. Contentes les poulettes, car la praticienne a toujours son carnet d’ordonnances ce qui permet à nos amies d’avoir, sans consultation, quelques potions homéopathiques magiques.
 Elles m’agacent un peu ces loupiottes du deuxième âge, mais en même temps, il y a un brin de pathétique dans ce cocon semi doré dans lequel elles se sont fourrées il a une vingtaine d’années.
 Un beau mariage : le futur avocat, médecin ou notaire… elles étaient fraîches, pétillantes, juste sorties d’une école de commerce internationale. Maintenant il faut assumer les mômes, la femme de ménage qui trime à mi-temps, les fastidieuses invitations des relations d’affaires du mari….pas un calvaire, non, mais pas tellement la vie dorée qu’elles imaginaient. Alors, chaque matin, comme au temps de leurs faciles adolescences, elles sont bien, à babiller, à tendre leur encore beau visage vers le soleil, à rêver, à rêver …
Le garçon de café, à un moment, tourne autour de la gente basse cour espérant la commande d’un deuxième café. Concertation, grands sourires …
 -« Vous pouvez nous amener trois verres d’eau ? » .Grimace du garçon… économie, économie !!!!
 Après une bonne paire d’heures, la volaille s’éparpille.
 -« Bises ? »
 -« Bises. »
 -« A demain ? »
-« A demain. »

M.T.

1 commentaire:

  1. Toutes mes photos ont disparues. Censure, méfaits d’un hacker ou tout simplement un bug ? Consciencieusement, je les rétablis.
    "Lucarne : Matins"

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