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dimanche 6 juin 2010

Puzzle Autobiographique : La mère Barié

Je me souviens, quand j’étais apprenti joaillier, le midi nous allions, orfèvres et ouvriers des alentours, manger chez la mère Barié. Le matin, nous déposions les gamelles préparées avec amour par mères ou épouses pour que madame Barié les réchauffe à midi.
Presque quatre-vingt-cinq ans, son estaminet situé rue d’Argout près de la rue du Louvre, n’avait pas plus de vingt mètres carré de superficie.
 Quelques tables rustiques, des chaises rudimentaires. Un vieux comptoir en zinc usé par des milliers d’apéritifs consommés. Et derrière, l’impotente mère Barié à la denture de lapin, haute comme trois pommes, large comme une citrouille, quelques poils au menton. Elle ne s’asseyait jamais, jamais. Le temps que nous restions, nous ne la voyions bouger qu’imperceptiblement. Seuls ses bras s’animaient, et même, ce qui nous faisait rire c’est quand nous entendions venir de dessous le comptoir le bruit d’un robinet qui coule dans une boîte de conserve. La mère Barié, et oui ! Pissait debout.
Les murs noircis par la fumée des cigarettes ne connaissaient pas la lessive. Durant l’heure du repas nous étions heureux de découvrir les plats préparés la veille, nous chantions même. Le petit noir avalé, enfin ce qui ressemblait à du café, nous remontions travailler dans la joie.
Et puis un jour la mère Barié mourut. Le café fut racheté par un jeune couple qui le transforma. Mobiliers modernes, néons, couleurs pétardes, bar en formica.
Nous fûmes bien tristes et nous ne revînmes jamais dans ce lieu d’où l’âme de la mère Barié avait décampé.

vieille Pictures, Images and PhotosM.T

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