jeudi 6 mai 2010

Le vieil acteur

Sensible, le vieil acteur attend depuis longtemps
La pièce tant attendue dans laquelle il jouera
Chaque jour a chauffé sa belle et profonde voix
Travaillé ses mimiques, clamé bien haut son texte
Ciselé le féerique, les fidèles réflexes
La joue poudrée est rose, le sourire éclatant
Le geste beau, encore précis, ample au bout des bras
Sensible, le vieil acteur attend depuis longtemps


Dans la coulisse obscure, le vieil acteur attend
Fragile, touché, le cœur ému bat violemment
Car après tous ces jours ces longs mois ces années
La, il pourra sortir de lui même, rayonner
Enfin il va faire ce qu’il aime, interpréter
L’esprit frémit, il se voit sacré, acclamé
Il pense à cette vie rongée de joies avortées
Dans la coulisse obscure le vieil acteur attend


Le vieil acteur guette, arrive la minute sublime
Qui va le mettre sous l’auguste feu des projecteurs
Qui va le confronter au public, quel honneur
Le texte lu, il l’a respiré comme une fleu
Oui, le verbe, les mots, il les connaît tous par cœur
Fini les faux espoirs, les promesses vaines qui meurent
Le regard brillant, calme le respire, voici l’heure
Le vieil acteur guette, arrive la minute sublime


Fier, le vieil acteur amorce l’ultime pas, heureux
Ce pas miracle qui le projette au clair soleil
Au soleil de gloire sous les splendeurs, les merveilles
Mais…que se passe-t-il, brusquement la face est pâle
Le plaisir fût-il trop grand, il parle, non, il râle
La, juste au creux de la pauvre poitrine, c’est la crampe
Il tombe, trépasse à la frontière rouge de la rampe
Le vieil acteur joue l’ultime rôle, pour qui, pour eux…


Eux, ces ombres assis, ce public saisi, silencieux
Ou pour d’autres fantômes, comédiens disparus, invisibles dieux


M.T.

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