mercredi 17 mars 2010

Lucarne : LES ANIMAUX

Ils en avaient eu assez que tous les miroirs leur renvoient une image de leur visage, visage façonné par une nature ingrate. Images de chouettes, de boxers, de girafes, toute une panoplie digne de l’arche de Noé…
Ils avaient astucieusement, constitué un club, sous l’impulsion de monsieur « Tête de Veau » qui, par une petite annonce amusante mais cruelle les avait, un jour, tous réunis. Ils avaient décidé de se rencontrer deux fois par mois autour d’une bonne table. La première règle était que chacun et chacune avaient l’obligation de ne se nommer que par l’animal, l’oiseau ou même l’insecte qu’il représentait physiquement. Chargés d’ironiques venins, les bons mots fusaient, mettant dans d’atroces souffrances les convives zoologues, car la deuxième règle était la méchanceté. Obligé de faire mal, de vexer, de rabaisser, d’humilier. Le Hibou s’en prenait à la Mante Religieuse qui s’en prenait au Chat, le Chat à la Souris, la Souris au Saint-Bernard qui aboyait sur madame grenouille qui coassait dans l’oreille de monsieur Cheval. L’obligatoire fiel coulait abondamment.
Seulement, voilà, par contraste, dans le monde, au travail… dans la rue… chacun respirait plus librement. Les moqueries, les quolibets, n’avaient plus aucune prise sur eux. Ils vivaient plus élégamment.
Wanda Wulz, Io + gatto, 1932.
frenchtwist:

via in-circles:

Wanda Wulz. Self-Portrait with cat

Wanda Wulz

M.T

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