samedi 20 février 2010

Lucarne : La bosse

Quand on la voyait arriver, on était subjugué par la finesse du visage qui ressemblait à un tableau de Michel-Ange. Et puis de magnifiques cheveux noirs tombant sur des épaules de poupée. La poitrine d’adolescente pointait, coquine, sous des corsages bien choisis. Les hommes, invariablement quand ils la croisaient, les yeux enflammés de désir, alors se retournaient, stupeur ! Ils découvraient par-dessus l’omoplate droite une bosse, pas énorme certes mais suffisamment grosse pour choquer l’esthétisme imbécile de regards curieux. Elle, le savait bien, et souvent son petit cœur battait fort quand elle sentait dans son dos des pensées parfois accusatrices.
Elle faisait des petits boulots, figurante dans des films, sorcière dans un grand parc d’attraction près de Paris. Mais où elle gagnait le mieux sa vie, c’était le soir. Après un long dédale parmi des ruelles mal famées, elle traversait des cours obscures, elle montait un vieil escalier et entrait au milieu d’une immense pièce. Là, elle offrait le magnifique devant de son corps. Enfin, quand je dis qu’elle offrait son corps c’était dans un atelier d’artistes où elle posait nue.
Elle n’avait eu qu’une seule exigence, celle d’être toujours adossée à un grand voilage.

M.T.

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